MARTIN BERTRAND

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MALTE – DESSALER LA MER

L’archipel du sud de la Méditerranée, l’un des États les plus densément peuplés au monde, a accueilli en 2025 un afflux de visiteurs sept fois supérieur à sa population résidente. Déjà sous pression par des besoins toujours croissants, le réchauffement climatique vient accroître un stress hydrique face auquel le dessalement de l’eau de mer s’est imposé comme une réponse majeure.

À Malte, le dessalement de l’eau de mer ne relève pas d’un choix de confort mais d’une nécessité. Sur cet archipel aux ressources hydriques extrêmement limitées, la pression sur l’eau est permanente avec une population qui a dépassé les 570 000 habitants fin 2024 et plus de 4 millions de touristes accueillis en 2025. Les nappes phréatiques, déjà fragilisées, ne peuvent suffire tandis que le réchauffement climatique accentue les épisodes de sécheresse dans un bassin méditerranéen de plus en plus chaud et plus sec.

Dans ce contexte, le dessalement par osmose inverse s’est imposé comme une infrastructure vitale avec aujourd’hui quatre usines publiques dont les premières ont vu le jour dans les années 1980. « Le dessalement représente actuellement environ 70 % de l’eau potable de l’île et constitue un pilier essentiel pour garantir un accès fiable à une eau salubre tant aux ménages qu’aux entreprises » nous détaille Miriam Dalli, Ministre de l’Environnement de Malte. « Le gouvernement modernise activement le système d’osmose inverse, ce qui comprend la mise à niveau des usines existantes, la construction de nouvelles conduites de pompage et l’amélioration des raccordements aux réservoirs ».

Cette trajectoire dépasse le seul cas maltais et se retrouve ailleurs dans le pourtour méditerranéen. « Historiquement, il y a toujours eu de petites unités de désalinisation, notamment dans les îles de l’Adriatique et de la mer Égée. Mais, depuis une bonne vingtaine d’années, et de façon presque exponentielle, on assiste au développement d’usines industrielles de désalinisation en Egypte, en Israël, au Maroc, en Tunisie, et maintenant l’Europe commence à être touchée » explique Robin Degron, ancien Directeur du Plan Bleu basé à Marseille qui produit des études sur les questions d’environnement et de développement durable en Méditerranée. Cette solution de plus en plus indispensable n’est toutefois pas sans conséquences. « Le problème du changement d’échelle, c’est que la désalinisation s’appuie sur de l’énergie qui, aujourd’hui, est très majoritairement d’origine fossile. On émet donc des gaz à effet de serre pour aller chercher de l’eau qu’on ne trouve plus en fluvial ou en pluvial. » La problématique énergétique est également difficile à occulter sur l’archipel maltais. Ainsi, en 2025, a débuté l’installation de nouveaux systèmes d’alimentation en énergie renouvelable dans les trois usines historiques que sont Pembroke, Għar Lapsi et Ċirkewwa.

Dessaler l’eau de mer implique aussi des rejets dans le milieu marin d’une saumure plus salée, à laquelle peuvent s’ajouter les produits utilisés dans le traitement de l’eau, ce qui n’est pas sans conséquences. « Le relargage de saumure modifie les paramètres abiotiques du milieu en changeant le pH, la température puisque l’eau rejetée est souvent un peu plus chaude, et la composition chimique de l’eau en introduisant des polluants liés à la phase de prétraitement des eaux à désaliniser. Évidemment, les eaux chaudes ne facilitent rien, mais surtout cela dégrade la biocénose et abîme le vivant localement, parce que les végétaux, si vous changez leur salinité ou leur température au-delà d’un certain seuil, meurent. On constate une mortalité croissante des herbiers de posidonie, qui préfèrent une eau relativement fraîche et avec une salinité relativement maîtrisée » détaille Robin Degron.
À Malte, les rejets de ces installations sont rigoureusement encadrés par la délivrance de permis et des programmes de suivi environnemental. « La protection de l’environnement est primordiale » rappelle la Ministre de l’Environnement. « Malte gère les rejets de saumure issus du dessalement grâce à des exutoires méticuleusement planifiés et à des normes relatives aux zones de mélange. Ces mesures garantissent une dilution adéquate et préservent la vie marine. Le pays applique la réglementation environnementale par le biais de lois nationales et de directives européennes contraignantes. »

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