La capitale européenne de la forêt
Parmi les symboles modernes de Joensuu, le pont Ylisoutajan, avec une partie de sa structure faite de lamellé-collé d’épicéa finlandais, offre une perspective saisissante sur le Joensuu Lighthouse (phare de Joensuu). Avec ses 50 mètres de hauteur, cette construction est le plus haut édifice en bois du pays. Son rôle pionnier dans la construction en bois massif lui a permis de recevoir le Puupalkinto Wood Award, décerné par le ministère finlandais de l’Environnement, ainsi que le RIL Award (2019), par l’association finlandaise des ingénieurs civils.
Sur le campus de la faculté des sciences et de foresterie, le Metla-Talo (« Maison Metla » en français) impressionne par son enveloppe réalisée entièrement en bois brut. La quasi-totalité des 24 essences de Finlande ont été utilisées pour réaliser sa structure et son aménagement intérieur. À son inauguration, en 2004, sa superficie brute de 7 600 mètres carrés en faisait le plus grand bâtiment à ossature bois du pays. Il abrite principalement l’Institut européen des forêts (EFI), fondé à Joensuu en 1993, qui mène des recherches de pointe sur la gestion durable des forêts. Ces locaux accueillent également l’Institut des ressources naturelles de Finlande (Luke), qui travaille à développer une compétitivité fondée sur l’exploitation durable des ressources. Les recherches portent notamment sur la transformation du bois, avec des tests en conditions climatiques extrêmes pour évaluer la résistance des matériaux. On y trouve enfin le Laboratoire Racine, dans lequel on étudie les effets des conditions environnementales sur les processus végétaux. Un enjeu crucial à l’heure du dérèglement climatique.
Robert Mavsar, chercheur en foresterie et directeur de l’Institut européen des forêts (EFI)
« L’EFI est une organisation internationale dont la convention a été ratifiée par 30 États européens. Nous comptons aujourd’hui environ 130 organisations membres issues de 42 pays différents. Notre objectif est de relier la connaissance à l’action. Pour cela, nous travaillons sur trois axes : faire progresser la compréhension des forêts grâce à un réseau dynamique de chercheurs ; soutenir les décideurs en leur fournissant les informations nécessaires pour répondre aux opportunités et aux défis environnementaux, économiques et sociaux liés aux forêts ; enfin, faire le lien entre le monde scientifique, l’expertise privée et la société afin d’approfondir le dialogue et les connaissances sur les forêts. »
Le parc emblème de la Carélie du Nord
Joyau naturel de la région, le parc national de Koli est l’emblème de la Carélie du Nord, mais aussi un symbole culturel pour toute la Finlande. Ses paysages, immortalisés par des peintres comme Eero Järnefelt et célébrés par des compositeurs tel Jean Sibelius, en ont fait un lieu légendaire. Situé sur la rive du lac Pielinen, le site accueille près de 250 000 visiteurs chaque année, ce qui le classe parmi les cinq parcs nationaux les plus populaires du pays. La présence d’usnées, un type de lichen ne poussant que dans des environnements préservés de toute pollution atmosphérique, témoigne d’un air d’une pureté exceptionnelle.
Concilier les activités économiques et la préservation de ces espaces naturels est un défi écologique qui intéresse toute la société finlandaise. « L’industrie forestière a profondément marqué les écosystèmes finlandais. C’est le paradoxe de l’histoire de la Finlande : un développement rapide au lendemain de la Seconde Guerre mondiale effectué au détriment de la nature, explique Antoine Scherer, biologiste français installé à Joensuu. À l’échelle du pays, les forêts naturelles ont été converties en plantations. Il n’y a donc presque plus de forêts primaires en Finlande. Dès lors, les monocultures rendent les pay- sages moins résilients face aux perturbations comme les ravageurs, l’érosion des sols ou encore les feux. La structure même de ces forêts exploitées, mille fois plus simple que celle des forêts naturelles, supporte une biodiversité moindre. Aujourd’hui, beaucoup d’efforts sont faits pour engager une restauration écologique. On essaie de se focaliser sur cette dynamique positive pour renaturer. » Antoine Scherer travaille précisément au sein d’une ONG œuvrant au « réensauvagement ». Plus connue sous le terme anglais de rewilding, cette démarche vise à restaurer les écosystèmes en réintroduisant des espèces disparues et en laissant la nature reprendre ses droits.
Kelluu conçoit une flotte de dirigeables autonomes capables de collecter des données ultraprécises sur les écosystèmes naturels. Objectif : modéliser des jumeaux numériques. « Ces données permettent une analyse approfondie et une meilleure planification. Des informations complexes deviennent plus accessibles, ce qui facilite la mise en place de solutions concrètes pour la préservation », détaille Jiri Jormakka, le directeur commercial de la start-up. Dans le parc national de Koli, il n’est pas rare d’apercevoir ce spectacle hypnotique d’un de leurs dirigeables flottant lentement au-dessus de la forêt pour la cartographier. Par rapport aux satellites, les dirigeables offrent trois atouts majeurs : une précision inégalée des données, une empreinte carbone réduite et l’absence de débris spatiaux. La start-up compte aujourd’hui une quinzaine d’experts, notamment des ingénieurs aérospatiaux, des experts en télédétection et des data scientists.
Récemment, Kelluu a élargi l’application de sa technologie au domaine militaire, scellant un partenariat avec l’Otan. Une diversification stratégique pour la start-up, dont les compétences en surveillance aérienne intéressent désormais l’alliance de défense. La guerre est un sujet de préoccupation en Carélie du Nord, région la plus orientale de la Finlande. Avec 1 340 kilomètres de frontière avec la Russie, les Finlandais redoutent les velléités expansionnistes de la Russie, exacerbées depuis l’invasion de l’Ukraine.