MARTIN BERTRAND

  • Photographe
  • Reporter
  • Vidéaste
  • Photographe
  • Auteur

Maîtriser les réglages de l’appareil photo

L’exposition, une question d’équilibre

La photographie est un dosage minutieux entre la lumière et l’ombre, une quête permanente d’équilibre. Comme l’écrivait Gaël Le Ny, photographe reporter breton qui m’a formé : « Il y va de la photographie comme de la sociologie sauvage : seul l’appareil photo est l’outil pour mesurer la distance entre le discours et le réel. » Cette distance, c’est celle qui sépare l’intention du résultat, la vision de sa matérialisation. Pour la franchir, il faut comprendre les trois piliers de l’exposition : la vitesse d’obturation, la sensibilité ISO et l’ouverture du diaphragme. Ces trois éléments forment ce qu’on appelle le triangle d’exposition, une métaphore visuelle qui résume leur interdépendance.

Chacun de ces paramètres influence non seulement la quantité de lumière captée, mais aussi l’esthétique et le récit de l’image. Ils ne sont pas de simples variables techniques, mais des leviers créatifs. Les maîtriser, c’est se donner les moyens de transcender la réalité pour en offrir une interprétation personnelle.

La vitesse d’obturation : figer le temps ou le laisser filer

La vitesse d’obturation détermine le temps pendant lequel le capteur de l’appareil est exposé à la lumière. Elle se mesure en secondes ou en fractions de seconde : 1/1000e de seconde pour figer un instant, 30 secondes pour capturer le mouvement des étoiles. Plus la vitesse est lente, plus la lumière entre, mais plus le risque de flou augmente. Inversement, une vitesse rapide gèle le mouvement, mais nécessite davantage de lumière.

Stabilité et créativité : exploiter les vitesses lentes

Travailler avec des vitesses lentes, c’est jouer avec le temps. Cela demande de la patience et une certaine maîtrise technique pour éviter les flous indésirables. Voici quelques astuces pour stabiliser votre appareil :

  • S’appuyer contre un mur ou un arbre pour limiter les vibrations.
  • Poser les coudes contre les côtes et serrer l’appareil avec les deux mains, l’une soutenant l’objectif par dessous.
  • Utiliser un trépied ou, à défaut, un support improvisé (un sac, une pierre, une table).
  • Respirer profondément et déclencher en retenant son souffle, comme un tireur à l’arc.

Mais au-delà de la technique, les vitesses lentes ouvrent un champ de possibilités créatives :

  • Les tracés lumineux : phares de voitures, étoiles filantes, feux d’artifice. La nuit devient une toile où la lumière dessine des trajectoires.
  • Le mouvement suivi (filé) : en suivant un sujet en mouvement (un cycliste, une voiture), on crée un flou dynamique autour d’un élément net, suggérant la vitesse.
  • La surexposition nocturne : les villes s’illuminent, les néons tracent des sillons, les nuages deviennent des voiles mous.
  • La sensibilité ISO : embrasser le grain

    Les ISO mesurent la sensibilité du capteur à la lumière. Plus les ISO sont élevés, plus le capteur est sensible, mais plus le bruit numérique (le grain) apparaît. Beaucoup de photographes craignent ce grain, comme une imperfection à éviter. Pourtant, il peut devenir un allié.

    Le grain, une signature artistique

    Une photographie n’est pas une photocopie du réel. C’est une réinterprétation, une trace laissée par celui qui regarde. Le grain, lorsqu’il est assumé, donne du caractère à une image. Il rappelle la matière, le tangible, comme une toile texturée. Avec les appareils hybrides Fujifilm, que j’utilise souvent, la montée en ISO est bien gérée, permettant de pousser jusqu’à 6400 ISO sans craindre un rendu inutilisable. Je travaille rarement en dessous de 800 ISO, même en plein jour, pour conserver cette texture qui, à mes yeux, enrichit l’image.

    Le grain peut aussi :

    • Renforcer l’émotion : une photo granulaire a quelque chose de brut, d’immédiat, comme une mémoire qui s’estompe.
    • Créer une ambiance : dans les portraits, il peut ajouter une dimension intime, presque tactile.
    • Permettre des prises de vue en basse lumière : sans flash, dans l’ombre, là où la lumière se fait rare.
  • Le diaphragme : jouer avec la profondeur

    Le diaphragme, c’est l’ouverture de l’objectif. Il se mesure en valeurs f/ (f/1.4, f/8, f/16…). Plus le chiffre est petit, plus l’ouverture est grande, et plus la profondeur de champ est réduite. À l’inverse, un diaphragme fermé (f/16) donne une image nette sur toute sa profondeur.

    Isoler ou contextualiser : le choix du diaphragme

    • Une grande ouverture (f/1.4, f/2.8) :

      • Isole le sujet, en floutant l’arrière-plan. Idéal pour les portraits, les détails, les gestes.
      • Crée une atmosphère intimiste, en concentrant l’attention sur un élément précis.
      • Nécéssite une mise au point précise, car la zone de netteté est très réduite.
    • Un diaphragme fermé (f/8, f/16) :

      • Donne une grande profondeur de champ, utile pour les paysages, l’architecture, les scènes complexes.
      • Permet de raconter une histoire en intégrant le contexte, les interactions entre les plans.
      • Réduit les aberrations et améliore la netteté globale, surtout sur les bords de l’image.

Le mode manuel : une école de la patience

Au début, le mode manuel peut sembler intimidant. C’est normal. Comme l’apprentissage de la conduite, il faut du temps pour que les gestes deviennent automatiques. Mais c’est en forçant cet exercice que l’on comprend vraiment comment la lumière interagit avec l’appareil. Au fil des essais, des erreurs, des ajustements, l’appareil photo devient un prolongement de soi. On ne réfléchit plus en termes de réglages, mais d’intentions.

La photographie, c’est un outil créatif. Et comme tout outil, plus on le maîtrise, plus il disparaît pour laisser place à l’essentiel : le regard. Le mode manuel, c’est la voie la plus sûre pour y parvenir.

Conclusion : la photographie comme langage

Ces trois paramètres – vitesse, ISO, diaphragme – ne sont pas des contraintes, mais des mots d’un langage visuel. Les combiner, c’est construire des phrases, des récits, des émotions. Il n’y a pas de règles absolues, seulement des choix. Des choix qui dépendent de ce que l’on veut dire, de l’histoire que l’on veut raconter.

Alors, osez. Expérimentez. La photographie n’est pas une science exacte, mais un art de l’instant. Et comme tout art, elle se nourrit de risques, d’audace, et parfois, de quelques grains de folie.

Le contenu est protégé. La fonction de clic droit est désactivée.