MARTIN BERTRAND

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La photographie de rue : une présence photographique

La photographie de rue, c’est avant tout un état d’esprit. Une manière d’être présent, d’être là, les yeux grands ouverts, prêt à saisir ce qui se passe autour de soi. C’est une pratique que j’ai longuement explorée, que ce soit lors de mes voyages ou dans les lieux de mon quotidien. Car la photographie de rue, ce n’est pas seulement une technique, c’est une présence photographique : une attention constante à ce qui nous entoure, pour créer et documenter.
C’est un art qui permet de raconter notre époque, de laisser une trace, et de transformer le quotidien en quelque chose d’extraordinaire.

 

Une mine d’or créative

D’un point de vue créatif, la photographie de rue est un art à part entière. Elle offre des possibilités infinies, des jeux de lumière, de mouvement, de composition, et même de hasard. Chaque époque a vu émerger des styles différents, certains plus posés, d’autres plus dynamiques, plus sombres ou plus lumineux. Mais ce qui reste constant, c’est cette liberté de jouer avec les éléments qui s’offrent à nous : les reflets, les ombres, les instants décisifs, les scènes qui se superposent.

La photographie de rue, c’est aussi l’art de créer avec ce qu’on a sous la main. Pas besoin de chercher loin : il suffit d’être attentif, de savoir observer et composer. C’est un art accessible, qui ne demande pas de matériel sophistiqué, mais plutôt une sensibilité et une curiosité pour le monde qui nous entoure.

Documenter 

Au-delà de son aspect artistique, la photographie de rue a une dimension documentaire puissante. Elle se frotte au réel, au monde extérieur, et en garde une trace. Chaque photographe, à sa manière, documente son époque, son environnement, ses rencontres. Et c’est là que réside l’un des grands intérêts de cette pratique : elle laisse une empreinte, une mémoire visuelle.

Prenons l’exemple de Robert Doisneau, dont les images ont marqué le patrimoine photographique français. Ses clichés, bien que stylisés, documentent une époque, une ambiance, une société. De la même manière, j’ai moi-même utilisé cet état d’esprit pour documenter des territoires et des enjeux, comme dans mon livre Mékong Écoportrait, où j’ai capturé les dynamiques environnementales et humaines du fleuve.

La photographie de rue, c’est aussi une façon de documenter un lieu sur la durée. En revenant régulièrement sur un même territoire, en accumulant des images au fil des années, on peut construire un corpus qui raconte une histoire, une évolution, une époque.

Au-delà de la rue : un état d’esprit

La photographie de rue ne se limite pas à la rue. C’est un état d’esprit qui peut s’appliquer partout : dans les intérieurs, les gares, les aéroports, les centres commerciaux, les parcs de loisirs, ou même les sites touristiques surfréquentés. Ces lieux, souvent riches en mouvements, en lumières et en scènes, sont des terrains de jeu idéaux pour la création.

Par exemple, les endroits touristiques sont parfaits pour débuter : tout le monde y prend des photos, ce qui permet de se fondre dans la masse et de capturer des instants sans attirer l’attention. À Rome ou à Angkor, j’ai pu expérimenter cette liberté de photographier sans contrainte, en me laissant porter par l’énergie des lieux.

La lumière comme alliée créative

S’il faut retenir un conseil pour la photographie de rue, c’est que la lumière est décisive. Elle est l’élément qui transforme une image ordinaire en une photographie puissante, qui lui donne une âme, une profondeur, une émotion. C’est un principe que je martèle sans cesse, car c’est bien souvent la lumière qui fait la différence entre une photo banale et une image qui marque.

Quand on me propose un reportage, peu importe le sujet ou le lieu, la première chose que je vérifie, c’est l’heure. Si on me donne rendez-vous à 6 heures du matin pour suivre des pêcheurs ou des mytiliculteurs en Bretagne, je ne râle pas. Je sais que, même si c’est difficile de se lever si tôt, les images seront bonnes. La lumière du matin, douce et rasante, sublime les paysages, les visages, les scènes. Elle crée des ombres longues, des contrastes subtils, et donne une atmosphère à chaque cliché.

De la même manière, l’heure qui précède le coucher du soleil, ou encore l’heure bleue, ce moment magique où le ciel prend une teinte profonde et mystérieuse, sont des instants précieux. Une heure ou deux à la bonne heure, le matin ou le soir, peuvent produire des images bien plus fortes qu’une journée entière passée sous un soleil dur et vertical, qui aplatit les contrastes et rend les photos ternes.

Avec plus de dix ans d’expérience en tant que photographe reporter et passionné de street photography, j’ai développé quelques techniques qui m’ont permis de capturer des images fortes et authentiques. Voici quelques conseils pratiques, tirés de ma propre pratique, pour aider à progresser dans cet art exigeant mais passionnant.

Poser son cadre et attendre l’instant décisif

La technique la plus simple pour débuter en photographie de rue est de choisir un cadre esthétique et d’attendre que quelque chose s’y passe. Par exemple, repérer un fond coloré, une architecture intéressante, ou une lumière particulière, puis patienter jusqu’à ce qu’un passant, une interaction ou un mouvement vienne animer la scène.

C’est une méthode idéale pour s’initier, car elle permet de se concentrer sur la composition et la lumière, tout en restant attentif aux opportunités qui se présentent. L’idée est de laisser le réel entrer dans le cadre, sans forcer les choses.

Être à l’affût des détails techniques et esthétiques

Au-delà d’un cadre intéressant, on peut aussi chercher les éléments qui vont sublimer la photo : une lumière douce, un reflet, un cadre dans le cadre, ou une ombre qui ajoute de la profondeur. 

La photographie de rue, c’est aussi une question de réactivité : savoir repérer ces détails et les intégrer rapidement dans ta composition. Une fois un bon cadre et une belle lumièreidentifiés, il ne reste plus qu’à attendre le bon moment pour déclencher.

L’approbation

Quand on veux photographier des gens dans la rue, surtout s’ils sont en train de faire quelque chose d’intéressant (un sport, un métier, une activité), il est souvent préférable de demander l’autorisation. Craignant de briser la spontanéité de la scène, on peut utiliser une forme d’’approbation tacite en se plaçant en évidence avec l’appareil et faire un signe de tête ou un regard vers la personne pour indiquer que l’on souhaite prendre une photo.
Si la personne ne semble pas opposée, on peut photographier sans interrompre l’instant et ainsi capturer le réel sans le perturber, tout en restant respectueux.

 Photographier sur le vif 

Pour photographier sur le vif, sans interagir avec les sujets, l’important est de ne pas spécialement attirer l’attention. Pour cela, il faut notamment éviter de fixer les gens que l’on photographie. Rester concentré sur son cadrage, marcher naturellement, et faire partie du décor.

Un bon moyen de passer inaperçu est d’avoir l’air absorbé par ce que l’on fais, même si cela peut te donner un air un peu débile sur le moment. Ce qui compte, c’est le résultat, donc mieux vaut avoir l’air un peu ridicule qu’intrusif.

Utiliser des angles de vue originaux

Pour donner une dimension unique aux images et varier les points de vue, on peut par exemple :T
– Se placer en hauteur (sur un escalier, un balcon, etc.) pour avoir une vue plongeante.
– Photographier au ras du sol pour capturer des détails inhabituels (mains, pieds, ombres).
– Utiliser un écran rotatif pour cadrer à hauteur de hanche, comme avec un Rolleiflex. Cette technique te permet de passer inaperçu tout en explorant des angles différents.

L’idée est de réinterpréter visuellement le quotidien en cherchant des perspectives qui sortent de l’ordinaire.

Jouer avec les couleurs

Les couleurs sont un élément clé en photographie de rue. Elles peuvent créer des contrastes forts, mettre en valeur un sujet, ou donner une ambiance particulière à une image. Par exemple, l’association d’une tenue colorée avec un fond complémentaire peut rendre une photo bien plus percutante.

Des photographes comme Alex Webb ou Harry Gruyaert ont poussé cette approche à son paroxysme, en explorant les harmonies et les contrastes chromatiques pour raconter des histoires visuelles puissantes.

Respect et dignité 

Pour conclure cet article sur la photographie de rue, je voudrais aborder un point essentiel, souvent source de questions : le droit de photographier les gens dans l’espace public. Je ne suis pas juriste, et il ne m’appartient pas de donner des conseils juridiques. Cependant, il y a une règle que je considère comme fondamentale, tant sur le plan éthique que juridique : le respect de la dignité des personnes que l’on photographie.

La photographie de rue est un art qui se nourrit du réel, des rencontres, des émotions et des scènes du quotidien. Cependant, elle doit toujours s’exercer avec respect et bienveillance. On peut capturer des moments drôles, ironiques, ou même décalés, mais jamais au détriment de la dignité de ceux qui sont devant l’objectif.

Quand on respecte cette règle, on se protège en grande partie des éventuels problèmes juridiques, mais surtout, on préserve l’essence même de la photographie de rue. Un art humain, qui documente et célèbre la vie.

Alors, que tu sois débutant ou expérimenté, garde toujours à l’esprit cette notion de respect. C’est ce qui fera de toi non seulement un bon photographe, mais aussi un photographe responsable et conscient de l’impact de ses images.

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